Traitement de la dépression par Acupuncture
Les états dépressifs se manifestent par un certain ralentissement psychomoteur avec anxiété, modification du comportement et sentiment de dévalorisation, mais avec conservation de l’intégrité des facultés intellectuelles. La dépression est un état que chacun peut ressentir, car elle traduit une réponse normale à toute épreuve affective. Mais le devenir de cette réponse dépend de notre humeur qui la maintient dans les limites de la physiologie ou qui lui fait franchir le seuil de la pathologie. Si une émotion déprime, le Shen peut être atteint (sujet abattu, se plaignant sans cesse) ainsi que le Hun par le cycle Ke (manque d’imagination, angoisse, incoordination des idées). Si l’équilibre énergétique est satisfaisant, tout se régularise sans laisser de trace et la situation n’engendrera pas l’état dépressif.
On ne saurait attacher trop d’importance à l’étude du traitement des états dépressifs, d’autant qu’il convient d’évoquer toujours la possibilité d’une conduite suicidaire.
Cliniquement, les dépressions peuvent se différencier en diverses grandes catégories :
1. Les dépressions majeures,
Où le rôle d’un dérèglement mono-aminergique est retenu comme celui d’une prédisposition génétique.
Elles s’observent dans la schizophrénie, la démence sénile et les épisodes mélancoliques de la psychose maniaco-dépressive, ou encore au début de certaines affections délirantes.
Ces formes échappent totalement à l’action de l’acupuncture.
2. Les dépressions mineures,
Elles naissent de conflits inconscients ou de traumatismes affectifs qui dépassent les capacités d’adaptation du sujet. Elles comprennent :
a. Des formes réactionnelles, à un événement douloureux, à des conflits de toutes sortes….
b. Des formes d’épuisement, dues au surmenage…
c. Des formes symptomatiques qui se décomposent en deux groupes :
i. Dans le premier groupe, la dépression au premier plan masque une affection organique sous-jacente.
ii. Dans le deuxième groupe, la dépression en arrière plan, est masquée par des symptômes somatiques.
d. Des formes névrotiques qui traduisent la majoration d’une névrose et qui sont nettement plus psychiatriques. Elles surviennent chez des sujets névrosés à l’occasion d’un conflit banal ou de la perte d’un être cher : la personne névrosée entre alors en décompensation. Elle est en proie à une anxiété vive, à une fatigue psychosomatique intense, de l’insomnie ; mais à l’opposé de la personne mélancolique, la personne névrosée consulte le médecin et demande à guérir.
En conclusion, ne relèvent de l’acupuncture que les dépressions :
- réactionnelles,
- d’épuisement,
- symptomatiques.
Le traitement
Il faut donc partir du principe qu’il n’est pas indiqué de traiter n’importe quelle dépression… mais aussi de savoir qu’il existe toujours un risque suicidaire et que s’il n’y a pas une nette amélioration au bout de quelques séances, il convient de passer la main au neuro-psychiatre. De plus, les résultats du traitement acupunctural sont plus aléatoires, et en tout cas, plus longs à obtenir, chez les sujets prenant des tranquillisants, des neuroleptiques ou autres.
Par contre, dans les dépressions où les gens sont participants, en particulier, s’ils n’ont pas beaucoup de médicaments, s’ils dorment un peu, s’ils n’ont pas complètement perdu l’appétit, les résultats ont de fortes chances d’être plus rapides.
La première chose à considérer chez un déprimé, c’est de juger son équilibre Yin-Yang. Cela pourra faire l’objet de la première séance du traitement.
L’interrogatoire, l’examen clinique, l’examen des pouls permettent de juger de quel côté penche la balance. Il s’agit en général d’un état Yin (fatigue générale, lassitude, désintérêt), sur lequel peuvent se greffer quels éléments Yang : insomnie d’endormissement, agressivité, nervosité…
En fonction de quoi deux attitudes sont possibles :
1. La tonification du Yang général :
TM 4 (Ling Men) – TM 13 (Dazhui) – JM 12 (Zhongguan) – E 36 (Zusanli) – GI 4 (Hegu)
2. L’emploi des Merveilleux Vaisseaux :
RP 4 (Gongsun) – MC 6 (Neiguan).
Dans les deux cas, on pourra ajouter des points symptomatiques en fonction de l’état du patient (T pour tonification et D pour dispersion) :
- E 14 droit (Kufang)….. si sujet angoissé.
- TR 1D (Tiansing)….. si sujet tendu.
- E 36T (Zusannli) et TM 20T (Qianding)…. si sujet fatigué.
- TM 13T (Dazhui) et JM 6 (Qihai)… si manque de tonus.
- V 38T (Gaohong)…. si anémie.
- V 62D (Shenmai) et R 6T (Dazhong)… si insomnie.
- E 44T (Neiting)…. si cauchemar.
- MC 5T (Jianshi)…. si timidité.
- VB 43T (Xiaxi)…. si manque de caractère.
- JM 21T (Xuanji)…. si boule à la gorge.
- TM 20 (Qianding) et RP 2T (Dadu)…. si baisse intellectuelle.
- TR 10 (Tianjing) et TM 11 (Shenzhu)…. si agressivité.
- JM 6T (Qihai) TM 4T (Mingmen)
E 30T (Qichong) F 8T (Ququan)
et RP 6T (San Yinjian)…. si trouble de la libido.
- E 14 droit (Hufang) JM 15 (Jinwei)
et R 24 gauche (Lingsu)…. si anxiété.
- etc.
Sans oublier le réflexe oculo-cardiaque (ROC) :
E 36 (Zusanli) – C 3 (Shaohai) et C 7 (Shenmen)
A la deuxième séance, on constatera souvent une amélioration et l’on pourra alors envisager le problème de l’énergie et de sa circulation :
1. Existe-t-il de l’Energie ? Palper R 3 (Zaohai).
2. Est-elle bien transportée ? En dehors – en dedans ; en bas – en haut ; à droite – à gauche… Prendre les pouls de E 9 (Renying) et de E 42 (Chong Yang)
3. Tourne-t-elle à un bon rythme ? Etude du rapport de fréquence du pouls sur la fréquence respiratoire (normale : cinq pulsations pour une respiration).
4. Les organes reçoivent-ils suffisamment d’énergie ? Prise du pouls : s’il est irrégulier (pause), il y a insuffisance. Dans ce cas, on recherche l’organe en manque par la prise des pouls radiaux.
5. L’énergie arrive-t-elle au moment voulu dans l’organe saisonnier ? S’assurer par la prise des pouls et l’interrogatoire que l’organe saisonnier est l’empereur dans sa saison, la mère en vide et le fils énergétique. En général, ces trois constatations suffisent.
6. Les énergies sont-elles de bonne qualité ?
a. En ancestrale : hérédité, vie calme et bien réglée.
b. En Wei : bonne défense contre les atteintes extérieures.
c. En Yong : alimentation normale.
On fera donc, les corrections qui s’imposent d’après les constations et on complétera au besoin par les points symptomatiques suivant l’état du sujet (voir plus haut).
A la troisième séance, si les choses s’arrangent bien, on pourra, une fois les choses remises en ordre du point de vue énergétique, continuer à traiter suivant l’état du sujet en fonction de l’évolution de ses différents troubles.
Ou bien, l’on pourra avoir recours à la technique de la stimulation du Shen par l’intermédiaire du « conseiller à la cour » :
1. On tonifie le conseiller à la cour de l’Empereur dans la saison où se présente la personne malade.
2. On tonifie C 7, Shen Men, la porte du Shen.
3. Il faudra tonifier en les chauffant deux à trois fois de suite, jusqu’à perception de la chaleur, les différents points du Shen :
- Shen Fong R 23
- Shen Tsiue JM 8
- Shen Men C 7
- Shen Tao TM 11
- Shen Ting TM 24
- Shen Tsrang V 39
- Shen Tsrang R 25
Quelques séances suffisent ainsi à rééquilibrer et à stabiliser énergétiquement le malade, ce qui est le but primordial de tout traitement acupunctural.
Conclusion :
Ainsi donc, le traitement acupunctural est tout à fait différent du traitement de la médecine occidentale. Cela tient essentiellement à la conception différente des états dépressifs de ces médecines : en médecine occidentale, la situation dans laquelle le sujet est placé (facteur déclenchant) est considérée comme la cause première de sa dépression ; pour l’acupuncteur traditionnel, c’est parce qu’il existe un déséquilibre énergétique que la situation provoque un état dépressif, et par rétro-action cet état dépressif engendre des troubles somatiques.
Donc, le traitement acupunctural vise à rétablir l’équilibre énergétique du malade, en commençant par le ROC et l’équilibre Yin-Yang. Dans un deuxième temps, on équilibre l’énergie et sa circulation dans les différents organes (en particulier le trouble organique primitif).
Car une fois l’énergie vitale parfaitement équilibrée, le sujet pourra dynamiser ses mécanismes adaptatifs et emmagasiner suffisamment d’informations, ce qui lui permettra un jugement sain de la situation, donc soit de s’adapter, soit de mettre un terme au problème par la suppression de la cause de l’état dépressif.
Dr Luc Bodin





